Réussir le développement durable en immobilier d'entreprise
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TL;DR:
La baisse de consommation énergétique dans le tertiaire français a fortement ralenti en 2024.
La rénovation et la gestion technique sont clés pour atteindre les objectifs réglementaires.
Le reporting ESG et la preuve d’impact renforcent la valeur et la crédibilité des actifs durables.
Le secteur tertiaire français affichait une baisse de 7,1 % de sa consommation d’énergie finale en 2023, selon le Baromètre OID 2024. Un an plus tard, le ralentissement est brutal : seulement 0,7 % de réduction en 2024, alors que l’objectif fixé par le décret tertiaire impose une baisse cumulée de 40 % d’ici 2030. Cet écart entre ambition réglementaire et réalité opérationnelle place les professionnels de l’immobilier d’entreprise devant des décisions urgentes. Ce guide passe en revue les obligations légales, les certifications de référence, les données de performance par typologies de bâtiments, les leviers d’action concrets et les outils de mesure d’impact disponibles aujourd’hui.
Table des matières
Développements récents du cadre réglementaire et certifications
Analyse des performances et typologies de bâtiments tertiaires
Mesure d’impact et reporting extra-financier des démarches durables
Notre point de vue : miser sur l’agilité et la preuve d’impact
Intégrer le développement durable à chaque étape de votre projet
Questions fréquentes sur le développement durable en immobilier d’entreprise
Points Clés
Point | Détails |
Obligations croissantes | Les réglementations intensifient la pression pour réduire l’impact énergétique et environnemental de l’immobilier d’entreprise. |
Valeur verte mesurable | Les démarches durables valorisent les actifs par une attractivité accrue et des coûts maîtrisés. |
Pilotage et preuve | La réussite durable passe par la donnée, des certifications et le reporting extra-financier transparent. |
Stratégies sur mesure requises | Adapter les solutions à chaque typologie de bâtiment maximise l’efficacité et la conformité. |
Développements récents du cadre réglementaire et certifications
Pour comprendre les enjeux, il faut d’abord cerner le cadre réglementaire actuel et les outils de référence du secteur.
Le décret tertiaire, entré en vigueur en 2019 et renforcé depuis, constitue l’obligation centrale pour tous les bâtiments à usage tertiaire dont la surface dépasse 1 000 m². Il fixe des paliers de réduction de la consommation énergétique : moins 40 % en 2030 par rapport à une année de référence, moins 50 % en 2040, puis moins 60 % en 2050. L’outil OPERAT, géré par l’ADEME (Agence de la transition écologique), centralise la déclaration des consommations et permet de suivre la trajectoire de chaque actif. Tout manquement expose les propriétaires et gestionnaires à une mise en demeure publique, ce qui représente un risque réputationnel significatif au-delà de la simple sanction administrative.
La conformité réglementaire ne se limite cependant pas au décret tertiaire. Le décret BACS (Building Automation and Control Systems), applicable depuis 2025 pour les bâtiments tertiaires de plus de 290 kW, impose l’installation de systèmes de régulation automatique permettant de piloter en temps réel les consommations énergétiques. Ces deux textes s’inscrivent dans une logique cohérente : contraindre les propriétaires à industrialiser la collecte de données et la gestion technique des bâtiments.
Sur le plan des certifications volontaires, le marché reconnaît plusieurs référentiels. HQE (Haute Qualité Environnementale), BREEAM (Building Research Establishment Environmental Assessment Method) et LEED (Leadership in Energy and Environmental Design) coexistent selon les marchés et les stratégies des investisseurs. La nouvelle version HQE-BD Exploitation V4 mérite une attention particulière : elle intègre la neutralité carbone, la circularité des matériaux et le confort des occupants comme critères centraux d’évaluation, en plus des indicateurs énergétiques classiques. Cette évolution reflète une tendance de fond : les certifications ne portent plus seulement sur les performances techniques, mais englobent désormais la qualité d’usage et l’impact global du bâtiment sur son environnement.

Certification | Critères carbone | Circularité des matériaux | Digitalisation | Confort occupants |
HQE-BD V4 | Fort | Fort | Intégré | Central |
BREEAM | Moyen | Moyen | Partiel | Présent |
LEED | Moyen | Limité | Partiel | Présent |
Les référentiels évoluent également sous l’influence de la Taxonomie européenne, qui définit les activités économiques considérées comme durables au sens du règlement européen. Pour qu’un actif immobilier soit qualifié comme aligné avec la Taxonomie UE, il doit satisfaire des critères précis de performance énergétique et environnementale, tout en respectant le principe de ne pas nuire significativement aux autres objectifs environnementaux. La RE2020 (Réglementation Environnementale 2020), applicable aux constructions neuves, et l’objectif de Zéro Artificialisation Nette (ZAN) imposé pour 2050 viennent compléter ce cadre normatif. Pour les professionnels de l’immobilier, transformer la contrainte réglementaire en avantage compétitif commence par une bonne lecture de cet ensemble d’obligations et de certifications, en lien notamment avec les conseils pour une construction durable adaptés à chaque contexte de projet.
Analyse des performances et typologies de bâtiments tertiaires
Une fois le cadre posé, il convient d’évaluer où en sont réellement les différents types de bâtiments tertiaires.
L’hétérogénéité des performances énergétiques au sein du parc tertiaire français est considérable. Les bâtiments construits avant 1970 consomment en moyenne plus de 160 kWh par m² et par an, contre moins de 128 kWh pour les constructions postérieures à 2013. Cet écart de plus de 25 % illustre l’ampleur du défi posé par la rénovation du parc ancien, qui représente pourtant l’essentiel du stock disponible sur le marché.

Période de construction | Consommation moyenne (kWh/m²/an) | Effort de rénovation requis |
Avant 1970 | > 160 | Très élevé |
1970 à 1990 | 140 à 160 | Élevé |
1990 à 2013 | 128 à 140 | Modéré |
Après 2013 | < 128 | Limité |
Au-delà de l’âge du bâtiment, la destination d’usage joue un rôle déterminant. Les bureaux bénéficient souvent d’une meilleure accessibilité aux programmes de rénovation et d’un rapport coût-bénéfice plus favorable. Les hôtels et établissements de santé, en revanche, présentent des contraintes spécifiques liées à leur fonctionnement en continu, à leurs exigences réglementaires propres et à la complexité de leurs installations techniques. Un établissement hospitalier, par exemple, ne peut pas simplement réduire son chauffage ou son éclairage sans affecter la qualité des soins et le respect de normes sanitaires strictes. Ces contraintes rendent la rénovation énergétique de ces typologies à la fois plus coûteuse et plus longue à mettre en œuvre.
Parmi les freins identifiés à la rénovation du parc ancien, plusieurs facteurs reviennent régulièrement. La propriété éclatée de certains immeubles, notamment dans le cadre de copropriétés ou de structures patrimoniales complexes, ralentit les prises de décision. Les baux en cours limitent la capacité des propriétaires à engager des travaux sans accord préalable des locataires. Les coûts d’investissement restent élevés, même si les retours sur investissement sont souvent positifs à moyen terme. Enfin, la disponibilité des entreprises spécialisées en rénovation énergétique constitue une contrainte croissante dans un contexte de forte demande.
Le ralentissement constaté depuis 2024 doit être interprété avec nuance. Une partie des gains enregistrés entre 2022 et 2023 était liée à des comportements conjoncturels tels que la sobriété énergétique encouragée par la crise de l’énergie et le développement du télétravail. Ces effets ont mécaniquement diminué à mesure que les habitudes se normalisaient. L’enjeu est désormais de passer à des gains structurels, issus d’investissements réels dans la performance des bâtiments. C’est précisément en analysant les impacts ESG par typologie d’actifs que les gestionnaires de portefeuille peuvent prioriser leurs arbitrages d’investissement de manière éclairée.
Stratégies concrètes pour un immobilier tertiaire durable
Après identification des disparités, il s’agit de savoir comment agir sur l’existant pour générer des bénéfices durables.
Les stratégies efficaces reposent sur une combinaison de leviers techniques, organisationnels et contractuels. Voici les principales actions à envisager, classées par ordre de priorité opérationnelle.
Déployer une GTB (gestion technique du bâtiment) ou optimiser celle existante. La GTB permet un pilotage en temps réel des consommations d’énergie, du chauffage, de la ventilation et de l’éclairage. Des études montrent qu’une GTB correctement paramétrée peut réduire les coûts d’exploitation de 10 à 25 %. C’est l’un des investissements les mieux valorisés dans le cadre des arbitrages CAPEX-OPEX.
Engager un programme de rénovation énergétique ciblé. Il ne s’agit pas nécessairement d’une rénovation globale. Des interventions ciblées sur l’isolation des toitures, le remplacement des menuiseries extérieures ou la modernisation des systèmes CVC (chauffage, ventilation, climatisation) produisent des résultats mesurables à coûts maîtrisés.
Intégrer des énergies renouvelables (EnR). L’installation de panneaux photovoltaïques en toiture ou en ombrière sur les parkings permet à la fois de réduire la facture énergétique et de valoriser l’actif. Dans certains cas, l’autoconsommation peut couvrir jusqu’à 30 % des besoins électriques d’un immeuble de bureaux bien exposé.
Structurer la relation locataire-propriétaire autour du partage des gains. Les clauses vertes dans les baux commerciaux permettent de formaliser les engagements des deux parties en matière de performance énergétique. Ce dispositif aligne les intérêts et facilite le financement des travaux par le partage des économies générées.
Les bénéfices de ces stratégies sont tangibles. Une démarche de gestion durable permet d’accéder à une prime de valeur verte comprise entre 8 et 12 % sur la valeur vénale ou locative d’un actif certifié, selon les données du marché. La réduction des charges d’exploitation améliore directement le rendement net pour l’investisseur, tout en renforçant l’attractivité de l’actif auprès de locataires de plus en plus exigeants sur ces critères. Pour piloter durablement vos actifs, il convient de disposer d’un système de suivi structuré dès la phase de diagnostic.
Conseil de pro : La question de rénover l’existant ou d’investir dans le neuf ne se résout pas par une règle générale. Elle dépend de l’état technique du bâtiment, de la trajectoire réglementaire de l’actif, des clauses de bail en cours et du plan de gestion à moyen terme. Un diagnostic technique et réglementaire précis, réalisé avant toute décision, reste la seule base fiable pour arbitrer. Pour aller plus loin dans cette réflexion, les ressources pour améliorer la performance ESG d’un actif offrent un cadre méthodologique utile.
Mesure d’impact et reporting extra-financier des démarches durables
Enfin, pour rendre compte des progrès réels et attirer investisseurs ou locataires, il est crucial de savoir mesurer et valoriser les actions durables.
La performance durable d’un actif ne peut plus reposer sur des déclarations d’intention. Les investisseurs, les régulateurs et les locataires demandent des données vérifiables, des indicateurs comparables et une traçabilité complète des progrès réalisés. Cette exigence de preuve redéfinit les pratiques de reporting dans l’ensemble du secteur.
Plusieurs référentiels de mesure d’impact ont émergé ces dernières années. L’Immobilier Score Impact évalue les projets et les actifs sur plus de 100 critères ESG (environnement, social, gouvernance), alignés sur les exigences de la RE2020, de la Taxonomie UE et de l’objectif ZAN. Son approche de scoring à 360 degrés couvre des dimensions rarement intégrées ensemble : empreinte carbone, biodiversité, accessibilité, qualité de l’air intérieur, gouvernance des données. C’est aujourd’hui l’un des rares outils permettant un dialogue objectif entre promoteurs, investisseurs et acheteurs sur la valeur réelle d’un actif.
Les indicateurs à suivre en priorité dans le cadre d’un reporting extra-financier rigoureux incluent notamment les éléments suivants.
Intensité énergétique par m² et par usage, permettant la comparaison avec les benchmarks sectoriels et le suivi de la trajectoire OPERAT.
Émissions de gaz à effet de serre (scope 1, 2 et 3), avec une attention particulière au scope 3 qui couvre les émissions liées aux déplacements des occupants et aux achats de services.
Taux d’occupation et qualité d’usage, car un immeuble peu occupé consomme proportionnellement plus d’énergie par utilisateur effectif.
Part des énergies renouvelables dans le mix énergétique de l’actif.
Niveau de certification en cours de validité et date du prochain renouvellement.
“Le reporting extra-financier est devenu un vecteur de valorisation aussi important que les données financières classiques pour les investisseurs institutionnels.”
Le lien avec les standards européens est central. La directive CSRD (Corporate Sustainability Reporting Directive) oblige désormais un nombre croissant d’entreprises à publier des informations détaillées sur leur performance durable, ce qui se répercute directement sur les exigences adressées aux gestionnaires d’actifs immobiliers. Un propriétaire incapable de fournir des données fiables risque de perdre l’accès à certains investisseurs ou fonds alignés avec le règlement SFDR (Sustainable Finance Disclosure Regulation). Comprendre l’ère de la preuve ESG est désormais indispensable pour naviguer dans ce contexte réglementaire européen.
Conseil de pro : La construction d’un tableau de bord ESG efficace commence par l’inventaire des données réellement disponibles sur le patrimoine. Il est plus utile de disposer de cinq indicateurs fiables et traçables que de vingt indicateurs approximatifs. Adapter les KPI à la nature des actifs, à leur usage et à leur maturité réglementaire garantit une meilleure lisibilité pour toutes les parties prenantes. Pour aller plus loin sur la gouvernance de ces indicateurs, les ressources sur les enjeux ESG en entreprise offrent une base de réflexion structurée.
Notre point de vue : miser sur l’agilité et la preuve d’impact
L’observation du marché depuis plusieurs années montre un décalage persistant entre les ambitions affichées et les résultats mesurés. Nombreux sont les acteurs qui investissent dans des certifications ou des chartes RSE sans avoir préalablement structuré leurs données d’exploitation. Le résultat est prévisible : des engagements difficiles à justifier et une crédibilité fragilisée face aux investisseurs.
La vraie valeur ajoutée d’une démarche durable réside dans sa capacité à évoluer, à s’ajuster en fonction des données réelles et à démontrer des progrès concrets. Un actif dont la consommation baisse de 8 % en deux ans grâce à des actions documentées vaut davantage sur le marché qu’un actif certifié dont les performances réelles stagnent. La notion de valeur verte doit être comprise dans ce sens précis : une valeur fondée sur la preuve, pas sur la promesse.
Cette approche par la donnée impose une organisation rigoureuse. Elle nécessite des outils de collecte fiables, une chaîne de responsabilité claire entre propriétaires, gestionnaires et prestataires, et des revues périodiques permettant d’ajuster les plans d’action. Comprendre les bénéfices d’un audit ESG permet d’identifier précisément les points d’entrée les plus efficaces pour structurer cette démarche sur un patrimoine existant.
Intégrer le développement durable à chaque étape de votre projet
Pour aller plus loin et réussir la transition durable de vos actifs, une solution sur-mesure existe.
ARKIMMO INTERNATIONAL accompagne les professionnels de l’immobilier d’entreprise à chaque étape de leurs projets, de la phase de diagnostic jusqu’au pilotage opérationnel. Que vous gériez un portefeuille de bureaux, d’actifs logistiques ou d’immobilier de santé, les équipes apportent une expertise indépendante pour structurer vos stratégies ESG, optimiser vos coûts d’exploitation et sécuriser votre conformité réglementaire.
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L’accompagnement en conseil immobilier durable proposé par ARKIMMO INTERNATIONAL couvre aussi bien les audits techniques et énergétiques que le pilotage des trajectoires OPERAT, la réalisation d’appels d’offres FM et l’assistance aux arbitrages CAPEX. Chaque mission est calibrée selon les spécificités du patrimoine concerné et les objectifs définis avec le client. Contactez-nous pour une étude personnalisée de votre situation.
Questions fréquentes sur le développement durable en immobilier d’entreprise
En quoi consiste le décret tertiaire pour un propriétaire de bureaux ?
Le décret tertiaire impose une réduction progressive de la consommation énergétique des bâtiments tertiaires > 1 000 m², avec des paliers de 40 %, 50 % et 60 % à respecter en 2030, 2040 et 2050 par rapport à une année de référence déclarée dans OPERAT.
Quels sont les principaux atouts d’une démarche de gestion durable ?
Elle augmente la valeur verte des actifs et renforce leur attractivité locative, avec une prime de 8 à 12 % sur les valeurs de marché, tout en réduisant les coûts d’exploitation de 10 à 25 % grâce à une meilleure gestion technique.
Comment prouver l’engagement ESG auprès des parties prenantes ?
Les référentiels comme l’Immobilier Score Impact permettent un scoring documenté sur plus de 100 critères ESG, fournissant des données vérifiables et comparables aux standards européens comme la Taxonomie UE et la RE2020.
Quel est le principal frein au respect des objectifs énergétiques ?
Le ralentissement observé en 2024 révèle que les gains conjoncturels liés à la sobriété et au télétravail s’essoufflent, et que seuls des investissements structurels dans la rénovation du parc ancien permettront d’atteindre les objectifs fixés pour 2030.
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